Je suis généaloogiste amateur. Il m'arrive de renconter l'Histoire, la grande à travers des événements vécus par des humbles.
L’heure est très grave. Le reflux a gagné la rive gauche de la Meurthe. Le franchissement de celle-ci par les Allemands est intolérable. Il devient malheureusement possible. Il faut reprendre l’offensive avec des troupes mises à mal et à peine reconstituées.
Ordre du Général de Division : réunion de la Division. La 78ème Brigade a un régiment à l’Ouest de Manoncourt-en-Vermois et un régiment à 1km à l’Est de Lupcourt. Le 153 est 0 l’Est de Ville-en-Vermois, le 146 à l’Est de Gérardcourt. En conséquence, ordre de faire mouvement immédiat des 2 Régiments qui se rassemblent, le 160 à l’Ouest de Manoncourt, le 156 à 1km Est de Lupcourt. Le P.C. du Général de Brigade est à Manoncourt.
La 78ème Brigade devra se porter « à cheval » sur la Meurthe. Le 156 sur Saint Phlin, le 160 sur la Soudière de La Madeleine. Exécution immédiate (5h et 12h30).
Le 2ème Bataillon avant garde vers la ferme de Saint Phlin, par Ville-en-Vermois, le pont du chemin de fer sur la Meurthe, le pont du Canal, et s’établira à la cote 273 pour couvrir face au S.E. le rassemblement du Régiment.
De grosses colonnes ennemies marchent au travers de la forêt de Vitrimont sur Damelevières et Mont-sur-Meurthe. Elles sont suivies par d’autres colonnes venant du Nord et marchant sur Maixe et Einville. L’ennemi tient les hauteaurs de Flainval. Les allemands s’apprêtent donc à franchir la Meurthe.
Le 146 a ordre d’attaquer direction Gellenoncourt. Direction ultérieure entre Courbesseaux et Drouville.
Le 156 partant du ravin entre les Quatre Bouteilles et le Rembêtant appuiera les attaques de tous ses moyens.
L’attaque devra être préparée de façon que tous les Bataillons de 1ère ligne de portent à l’attaque tous ensemble.
A 20h50 le 20ème Corps a atteint sans résistance les hauteurs de Flainval et la région de Haraucourt . A sa droite les 15ème et 16ème Corps ont rejeté les attaques de l’ennemi. Cantonnement : bivouac.
Le 156ème a deux bataillons au Bois de la Forêt poussant deux compagnies à Crévic, un bataillon à Haraucourt. Les troupes seront en position de combat demain à 4 heures.
Vers 17h30, le 3ème Bataillon marche sur le Bois de la Forêt, en partant de la Ferme Saint Louis.
A 19h30, il occupe le Bois de la Forêt :10ème Compagnie à la corne Nord-Est, 11ème à la corne N-Ouest, 9ème Compagnie à la lisière Ouest, 12ème Compagnie à la lisière Est avec petit poste à Fontaine, sur chemin de Haraucourt à Crévic.
A 2 heures les 9ème et 12ème Compagnies sont dirigées sur Crévic. A 5 heures en exécution d’un ordre, les 10ème et 11ème Compagnies sont portées à l’attaque de la cote 316 par le bois de Crévic.
A 7h30, la situation du 3ème Bataillon est la suivante : la 10ème Compagnie occupe sous les projectiles de l’Artillerie, cote 316, sur la route et au Nord de la route de Drouville-Maixe. La 11ème Compagnie à droite de la 10ème . Les deux compagnies sont face à Maixe. La 12ème occupe cote 217, sur la route Crévic-Maixe.
La 9ème Compagnie est à Crévic, en liaison avec le 37ème Régiment d’Infanterie qui occupe Grandvezin.
A 10h, la 11ème Compagnie évacue sa position et se replie à la lisière Est du Bois de Crévic à la sortie de la grande tranchée dirigée Est.
A 11h, la 10ème Compagnie évacue sa position et dans son mouvement de repli perd ses officiers et presque la totalité de son effectif.
La 12ème Compagnie et la 9ème Compagnie se replient sur Bois de la Forêt, à midi jusqu’au soir, 18 heures, les 9ème, 12ème, et le reste de la 11ème Compagnie combattent à la lisière Est du Bois de Crévic.
A partir de ce moment, repli sur Haraucourt et Ferme Saint Louis.
Les pertes du Régiment ont porté sur 3 compagnies (10, 11 et 12ème).
Tués :26, blessés : 280, disparus 162, aucun disparu dans la 10ème Compagnie, mais 9 tués dont le Capitaine Merceron et le Sous-Lieutenant De Feuillet, le Sergent Blanchet, le Caporal Etienne, l’Adjudant-Chef Haillotte.
Pas d’indication de Victor L’Humbert, mais la bilan final a suscité des hésitations concernant le chiffrage du nombre de disparus (coups de gomme manifestes et un point d’interrogation). Le dernier nombre porté est 474, mis entre parenthèses ! Voilà qui révèle la confusion, la boucherie opérée par l’artillerie allemande et le manque de temps rendant délicate la tenue d’un relevé exact des victimes.
Malgré le manque d’informations sur l’instant, dans cet enfer de la « Bataille de Morhange »,puis du "Grand Couronné", le corps de Victor L’Humbert, ou ce qu’il en restait, a été identifié par son épouse Augustine-Amélie Thiéry. Elle a reconnu les chaussettes qu’il portait, pour les avoir tricotées elle-même…Anecdote restituée par Guy L’Humbert, leur petit-fils, qui ajoute que Victor L’Humbert, réfugié dans un trou d’obus, aurait été déchiqueté par un autre obus allemand.
Le lieu de sa première sépulture, vraisemblablement là où il est tombé, est précisé dans les documents
ci-dessous.
Carte IGN
Il repose maintenant dans le cimetière militaire de Courbesseaux, avec d’autres lorrains sacrifiés pour la terre de Lorraine et sa capitale, Nancy.
Il n'avait que 32 ans et inaugurait, après dix jours d'opérations, comme de nombreux camarades, l'abominable
série de massacres de la "Grande Guerre"...
Il laissait une veuve de 34 ans et deux enfants, 6 et 5 ans.
Paul Pierret, petit-fils de Victor L’Humbert.