Je suis généaloogiste amateur. Il m'arrive de renconter l'Histoire, la grande à travers des événements vécus par des humbles.
Hôpital Saint Stanislas de Nancy - Enfants trouvés
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Histoire d'enfant trouvé.
Construire sa généalogie, c'est excitant. Surtout au début! Cela commence par des données faciles à obtenir et à lire, c'est rapide. Mais à force de remonter, cela devient de plus en plus laborieux. D'abord, le nombre d'ancêtres augmente vite et les informations sont de plus en plus rares. On tombe inéluctablement sur des impasses et c'est frustrant. Mais, chemin faisant on rencontre des informations non recherchées et qui ne manquent pas d'intérêt : abjurations, épidémies, accidents, élection de la matrone du village, etc. C'est l'histoire que l'on côtoie. C'est ainsi que j'ai été amené, par la curiosité, à passer du temps sur des questions qui illustrent la façon dont vivaient nos ancêtres.
Une impasse à laquelle je ne m'attendais pas : "née de père et mère inconnus". Mention rencontrée au détour d'un acte de mariage, celui de Marie Josèphe Marguerite. D'elle descend ma grand-mère paternelle, Henriette Maria Vautrin. (Voir l'arbre de descendance). Déception! Marie Josèphe a des ascendants, certes, mais il est désormais impossible de les identifier. Sauf un miracle!
En regardant de près l'acte de Mariage, je suis surpris d'y trouver une date et un lieu de naissance précis : le 22 novembre 1778 à Nancy. La Lorraine vient d'être rattachée officiellement au royaume de France et la Révolution ne va pas tarder. La chance a voulu que la première paroisse de Nancy sur laquelle ont porté mes recherches était la bonne : Saint Nicolas. Aujourd'hui, l'église St Nicolas se trouve rue Charles III, entre la rue St Dizier et la rue St Nicolas. Mais, cet édifice est trop récent pour avoir accueilli Marie Josèphe sur ses fonts baptismaux. Il date en effet du début du vingtième siècle, comme j'ai pu le constater aux archives municipales de Nancy. L'église précédente, dite vieille église St Nicolas, était exactement à l'angle de la rue St Dizier et de la rue Charles III, bordée à angle droit par les actuels immeubles occupés par les soeurs de la Doctrine Chrétienne. On verra en se rendant sur place que l'emprise de cette église est encore imaginable, puisqu'elle est remplacée par un magnifique immeuble comportant une pharmacie au rez-de-chaussée, la pharmacie Saint Nicolas, comme par hasard.
L'hôpital des enfants trouvés de Nancy, créé en 1774 était donc installé dans la paroisse St Nicolas. Il drainait les enfants abandonnés de toute la Lorraine, voire plus: à la fin de l'Ancien régime, quelques enfants du Luxembourg, de Metz, de Verdun, et de la Franche-Comté.
Cet établissement est tenu par des religieuses, les Dames de la Charité, créées par Saint Vincent de Paul; il reçoit les visites de quelques bienfaiteurs, venant y accomplir leurs "bonnes œuvres".
L'abandon ne se fait pas
toujours là où habitent les parents, parce que les enfants trouvés sont regroupés et transférés, parce que les parents se sont ou non, fait connaître.
Presque partout -mais avec des variations régionales- le maximum se place en mars, avril et mai. Dans les périodes anciennes, beaucoup plus de filles que de garçons ; puis par la suite, un peu plus -seulement- de filles
A Nancy, l'abandon se fait le premier jour pour 42,9% des cas en 1787—1788
C'est en 1778 que fut abandonnée Marie Josèphe Marguerite, semble-t-il, le lendemain de sa naissance. Elle porte le numéro matricule 1643, attribué dans l'ordre d'arrivée des enfants. On lira ci-après les procès-verbaux d'entrée des trente premiers enfants accueillis depuis l'ouverture de l'hôpital. On y trouve une description assez vivante des conditions des différents intéressés. Malheureusement, le registre n°2, où figure Marie Josèphe n'est plus trouvable. La série passe du n°1 au n°3…En revanche quelques informations ont pu être relevées sur un grand tableau récapitulatif.
Voici l'acte de baptême de marie Josèphe +Marguerite:
Marie Josèphe +Marguerite
Fille de père et mère inconnus, âgée d'environ un jour, reçue à l'hôpital des enfants trouvés de cette ville le 23/11/1778 à six heures du soir, munie d'un billet conçu en ces termes "l'enfant a été baptisé sous condition, il faut lui donner pour nom Marie Josèphe elle a à son bras une petite machine d'argent sur laquelle il y a deux lettres un i. et un g. Je prie que l'on marque le jour qu'elle a été déposée". A été baptisée sous condition le même jour et a eu pour parrain Jean Laurent, dit Adam, soldat au régiment de Rouergue infanterie en garnison à Phalsbourg, fils mineur de (Henri) Laurent maître plâtreur, étant en (bonne œuvre), ayant pour marraine Marguerite Savoyen, fille mineure de Léopold Savoyen, l'un et l'autre de la paroisse St Nicolas…
A Bourgevin
Prêtre aumônier à l'hôpital des enfants trouvés.
L'enfant reçut un nom de famille, Marguerite, nom qu'elle ne transmettra pas, bien entendu. On a pris le prénom de la marraine pour ce faire. Il est signalé sur les documents par une petite croix (+) qui le précède.
L'abandon peut résulter de l’illégitimité. A Metz la présence d'une garnison nombreuse provoque 207 cas par an de 1725 à 1742 ; son absence fait chuter le nombre à 93 par an de 1743 à 1762
L'abandon concerne donc en priorité des enfants illégitimes : en ville, enfants de servantes, conséquence des rapports avec les domestiques, ou des ouvrières. Pour les mères ayant des enfants illégitimes, peu de veuves, très peu de filles mineures, beaucoup de femmes célibataires âgées de 20 à 30 ans.
Les enfants sont recueillis dans des conditions garantissant l'anonymat des déposants. L'entrée peut comporter un tourniquet : on dépose l'enfant dans le tourniquet à l'extérieur, on actionne l'engin, tire la sonnette, et la personne située à l'intérieur récupère l'enfant sans avoir vu les déposants.
Dans un premier temps, l'enfant trouvé est soigné et nourri à l'hôpital. A la fin de l'Ancien régime, des nourrices sont attachées sur place à l'établissement, ou bien, l'on recourt au lait animal. En général le jeune enfant est placé auprès de "nourrices mercenaires". Autour des villes, une première zone délimite les lieux d'habitation des nourrices auxquelles recourent les habitants les plus fortunés ; puis, à moyenne distance, la petite bourgeoisie. Enfin, plus loin, sont placés les enfants trouvés. La mortalité y est effrayante beaucoup meurent avant d'avoir atteint le lieu d'accueil : les autres vivent difficilement jusqu'à l'âge du sevrage
" La principale cause de l'effrayante mortalité, c'est le défaut ou le manque de bonnes nourrices". Les nourrices se chargent de nourrissons pour accumuler les pensions. Dans un village de la région parisienne, 142 enfants de Paris sont placés en nourrice : aucun ne survit. A Nancy est mis en place un "tarif de dissuasion", qui augmente progressivement de mois en mois la pension aux nourrices jusqu'au moment du sevrage.
Par la suite, le destin de l'enfant trouvé, qui a survécu, peut se dessiner de manière très variée : restitution aux parents, adoption, placement en apprentissage, participation aux activités industrielles (ex : travail du textile : dentelles, tricots, filage du coton à l'hôpital Saint Nicolas de Metz au XVIII° siècle, et surtout placement dans les manufactures au XIX°), filles au couvent ou mariées avec dot fournie par ]'hôpital, service militaire pour les garçons. Certains ont participé aux travaux de colonisation.
Marie Josèphe, elle, après avoir été "à nourrice" chez Nicolas Jeandon à Villacourt, puis chez François Picoré, à Dommarie, se trouva prise en surnombre à l'hôpital le jour précis de ses 14 ans, âge auquel les enfants étaient mis en apprentissage. On peut penser que les religieuses projetaient de l'intégrer dans leur congrégation. En effet, les enfants abandonnés constituent à l'époque un vivier non négligeable de recrutement pour le clergé régulier ou séculier. Quoi qu'il en fut, elle se trouvait au service comme "fille d'aide"chez un certain sieur Contal, marchand de tissus à Vézelise dix ans plus tard, lors de son mariage dans cette même cité le 23 ventôse de l'an 11 de la République française. (14 mars 1803), avec un certain François Neufville, maître cordonnier, natif de Goviller.
De cette union naîtra, le 31 Juillet 1803, à Goviller (54), Marie Sophie Neufville qui épousera dans ce village, le 7 janvier 1834, Nicolas Bagard, vigneron à Pulligny (54). C'est ainsi que naîtra Clémence Rosalie Bagard le 4 octobre 1845 à Pulligny, la mère de ma grand' mère paternelle.
Note : dans ce qui précède, les parties en italique sont des citations d'un texte de mon ancien professeur d'Histoire, Guy Cabourdin, qui fut spécialiste d'Histoire de la Lorraine.
Hommage posthume de l'un de ses plus mauvais élèves…