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L’OFFENSIVE SUR MORHANGE

ou

CHRONIQUE DE LA GUERRE DE VICTOR L’HUMBERT

(2Août-25 Août 1914)

Pour suivre les déplacements, il est conseillé de consulter une carte type IGN au 25000ème. En particulier 3415 E (St Nicolas de Port), 3514 O (Château Salins), 3515 O(Einville au Jard), ou tout simplement :http://www.geoportail.fr

 

Le journal de marche du 156 éme RI, contrairement à ce que l'on peut observer dans d'autres régiments, donne beaucoup de place aux copies fidèles des ordres reçus et très peu à la description des événements survenus. Exceptions : quelques comptes-rendus de chefs d'unités décrivant les difficultés rencontrées (pertes humaines, logistique défaillante, fatigue physique des soldats, insuffisance de l'aviation).

On rencontrera le terme "tranchée" à plusieurs reprises. Rappelons que ce terme a aussi une acception toute pacifique et forestière, désignant de larges chemins élagués permettant la circulation des charrois dans la forêt. On peut néanmoins s'interroger sur une expression comme "garder les tranchées", car les fortifications par creusement de tranchées se pratiquaient déjà au début de la Guerre, avant de devenir une tristement célèbre "institution" plus tard.


La mobilisation 


Victor L’Humbert, est né le 12 juillet 1882 à Houdelmont (54). De la classe 1902, et ayant « tiré le mauvais numéro », il effectue un service militaire de trois ans. Les chanceux ne restent qu’un an sous les drapeaux. Quand il revient à la vie civile, en 1905, la loi supprime le tirage au sort !

Victor-LHumbert-soldat1.jpg

Le 1er  Août 1914, le Président Poincaré signe le Décret de mobilisation sur l’instance du Général Joffre. L’ordre parvient à Nancy le 1er Août à 15h55. Les célèbres affiches fleurissent dans nos campagnes les plus reculées.

La mobilisation s’effectue en deux temps (deux échelons de mobilisation)

 

 

 ordre10aak2.jpg

 

L’infanterie à l’aube de la Première Guerre mondiale et le situation de Victor L’Humbert.

 

Victor L’Humbert appartient au 156ème Régiment d’Infanterie, 3ème Bataillon, 10ème Compagnie.

Le 156ème et le 160ème R.I. constituent la 78ème Brigade sous les ordres du Général Gérome.

Les 77ème et 78ème Brigades forment la 39ème division (« division d’acier ») du 20ème corps d’armée commandé par le général Foch.

 

 

 

 

 

 

Un petit schéma

2ème Armée (Général De Castelnau)

Ø     9ème Corps

Ø     15ème Corps

Ø     16ème

Ø     18ème

Ø     20ème  Corps d’Armée (Général Foch)

é11ème Division

é 39ème Division (Général Dautant)

         é é77ème Brigade

         é é78ème Brigade (Général Gérome)

                            è160ème R.I.

                            è156ème R.I.(Colonel Guillemot)

§        1er Bataillon

§        2ème Bataillon

§        3ème Bataillon (Commandant Chavanne)

o       9ème Compagnie

o       10me Compagnie(Sous-Lieutenant Romary)

o       11ème Compagnie

o       12ème Compagnie

 

 

  Pour fixer les idées, voici les définitions théoriques des différentes unités

Unité

Nombre d'unités de rang inférieur

Nombre d'hommes

Grade du chef d'unité

Escouade

0

16

caporal

Section

4

64

sous-lieutenant ou adjudant-chef

Compagnie

4

256

capitaine ou lieutenant faisant fonction

Bataillon

4

1 024

commandant ou capitaine faisant fonction

Régiment

3

3 072

colonel

Brigade

2

6 144

général de brigade

Division

2

12 288

général de division

Corps d'armée

2

24 576

général de corps d'armée

Armée

5

122 880

général d'armée

 

 

 

Ce tableau permet de comprendre la situation militaire de Victor L’Humbert.

 

 

Armée active

1891 et 1892 (et une partie des hommes nés en 1893)

Réserve de l'armée active

de 1890 à 1881

Armée territoriale

de 1880 à 1875

Réserve de l'armée territoriale

de 1874 à 1869

 

 

 

L’uniforme du fantassin.

 

L’équipement de l’homme de troupe du 156ème R.I. On remarquera la lourdeur de l’habillement (la capote en pleine canicule du mois d’Août 1914) et du chargement. Le pantalon rouge garance fit de ces pauvres soldats des cibles idéales pour les mitrailleuses allemandes. Très vite, il fallut concevoir un équipement facilitant la mobilité et le camouflage.

 

 Eqpt-156RI.JPG 

 Mobilisation du 1er échelon

Le 1er Echelon de mobilisation  (déjà en caserne) reçoit le 31 Juillet un ordre téléphonique à 17h50 de déboucher à Tomblaine le 1er Août 1914 à 2h30 au plus tard.

La 78ème Brigade a pour « point initial » : « intersection de la route Toul-Nancy avec la route de Chaudeney ». Heure de passage 19h15. L’artillerie divisionnaire sera placée à Vandoeuvre,  Houdemont,  Heillecourt.

A 18h05, le Régiment se rassemble, reconnaissance par le Commandant du 1er Bataillon, le Cdt Renon. Honneurs au drapeau.

A 18h15, le Régiment quitte les baraquements dans l’ordre ; 1er,2ème,3ème Bataillons.

A 21h50, un bulletin de Renseignements parvient définissant la mission essentielle du 20ème Corps : assurer la possession des débouchés au Nord de la Meurthe de Nancy (inclus) à Saint Nicolas (inclus) et couvrir Nancy. Au minimum, interdire le franchissement de la Meurthe.

La 78ème Brigade (156+160) est mise en réserve à la disposition du Général commandant le 20ème Corps vers Tomblaine. Le reste de la 39ème division (77ème Brigade) doit tenir le Rembêtant (hauteur Est de Varangéville) et le front de Sommerviller, Haraucourt, Maison-Blanche, Bois Salvitan, et croupe au Nord de Cercueil (Cerville actuel).

A 22h45, sur la route de Nancy, à hauteur des « cinq tranchées » (actuel échangeur du Parc de Haye), parvient un ordre daté de Nancy – 21h15 : massage de troupes ennemies le long de la frontière, issues barricadées et gardées. Nécessité impérieuse de ne pas franchir la frontière, sauf « attaque certaine en force ». Le front défini est : Mont d’Amance, La Bouzule, Velaine, Drouville, corne Sud du bois de Saussy (Saussi ?), Bathlémont, Laneuveville-aux-Bois.

La 78ème Brigade est arrivée à 2 heures, le 156ème , par Nancy, Boulevard de Strasbourg, Jarville se dirige sur Saulxures-les-Nancy où il stationne, à la lisière Sud du village, face à l’Est. Le 160ème est à Bosserville. Tout le monde doit être « sous les armes » pour 3 heures.

Le 1er Août est occupé à sécuriser le cantonnement, barricader les issues. Le 3ème Bataillon détache 1 section sur les routes de Bosserville et Tomblaine.

Le convoi de vivres parti de Toul arrive à Saulxures à 16 heures.

L’Allemagne aurait déclaré l’Etat de Guerre et le rappel de 5 classes. Attention aux Zeppelins !

 

L’Etat de Guerre n’étant pas déclaré en France, défense absolue de franchir la frontière.

 

 

La mobilisation du 2ème échelon.

Victor L’Humbert né entre 1881 et 1890, fait partie de le Réserve de l’Armée active. Marié, père de deux enfants, 6 ans et 5 ans, il vient d’acheter deux vaches qu’il n’a pas encore payées. C’est un ouvrier-paysan, situation courante dans nos campagnes de cette époque. Il fait partie du deuxième échelon.

Il a reçu l’ordre de mobilisation, transmis par le Maire de Houdelmont et s’est mis en chemin au plus vite avec peut-être d’autres concitoyens du village. Il fallait rallier la Gare ferroviaire de Xeuilley, puis, c’est Neuves-Maisons et Toul par la voie stratégique qui emprunte la vallée de la Moselle.

Le 2 Août à 20h50, le Capitaine Guilhot de Lagarde, commandant le 2ème échelon transmet au Régiment: «quitté la caserne Bautzen (Toul)et suis en route sur Laxou où j’arriverai vers 23h30 ; Mobilisation parfaite ». Il est à la tête de 891  réservistes, 195 hommes d’active, 16 officiers d’active et de réserve.

 Le cantonnement de la 78ème brigade est à Laxou. Le 3 Août à 6h la Brigade se dirigera, sous les ordres du Lieutenant-Colonel Beuchon, vers Bosserville par Laneuveville, départ de Nancy et le Pont de Bois où aura lieu la dislocation.

 

On apprend que les Allemands ont envahi le Luxembourg et violé la frontière française en trois points sur le front du 20ème Corps. L’ennemi borde la frontière à Avricourt et conserve une attitude jugée « défensive ». Des troupes allemandes sont signalées arrivantes sur la ligne Sarrebourg-Remilly-Bensdorf. Autour de Morhange, gros rassemblements signalés. Les troupes de 1ère ligne situées à Chambrey ont été renforcées dans la matinée du 2 Août. L’ennemi pousse activement les travaux de fortification sur la ligne Morhange, Forêt de Gremecy. L’inondation de la vallée de la Seille en aval de l’étang de Lindre serait préparée. Les ponts de la route de Salonne à Moyenvic ont été rompus au matin du 3 Août.

Côté français, autorisation de franchir la frontière de 2km maximum, en évitant les provocations, se borner le plus souvent à repousser énergiquement, sans franchir la frontière.

 

Le 3 Août à 4heures du matin, le Régiment est prêt à partir. Dès 6 heures le Capitaine Guilhot de Lagarde, depuis Laxou, rend compte : « par suite de difficultés de marche et de convois marchant en avant de ma colonne, je n’ai pu arriver à Laxou qu’à 1h (1h30 de retard). Installation au cantonnement fort pénible, par manque de cadres. Environ 30 sacs ont été déposés sur les voitures, mais aucun malade ».


Le 3 Août 1914 à midi, Victor L’Humbert parvient à Saulxures avec le 2ème échelon
.

Son Régiment est toujours commandé  par le Colonel Guillemot, auquel est adjoint le Capitaine Guilhot de Lagarde. Le 3ème Bataillon est sous les ordres par le Commandant Chavanne assisté du Capitaine Gérard, avec la 10ème Compagnie ayant à sa tête le Capitaine Merceron, assisté du Sous-Lieutenant de réserve Romary et de l’Adjudant-Chef Haillotte.

L’ordre du Général commandant la 78ème Brigade au Colonel Guillemot, daté du 3 Août 12h30, Bosserville : Ne pas franchir la frontière, opérer uniquement sur le territoire français. Les postes avancés des Allemands se sont repliés un peu en arrière. Alors la 78ème Brigade se trouvant en 2ème ligne devra continuer les opérations d’organisation et de fusion du 2ème échelon.

 

La défensive malgré quelques échauffourées

 

A 21h, on apprend d’une note signée du Général Foch, que l’état de siège est proclamé sur tout le territoire français, sauf la Tunisie. On ne circulera désormais qu’avec un sauf-conduit, et la circulation automobile est interdite dans les zones armées.

Des précisions sur le dispositif adverse : l’ennemi s’est retranché « fortement » sur les hauteurs de Craincourt, Jallaucourt, Forêt de Grémecey, Vic, Juvelize, Donnelay, les postes de douane sont refoulés. De la Cavalerie et des cyclistes sur Lanfroicourt envoyés à Champenoux, Réméréville et la forêt St Paul. Des patrouilles de Uhlans ont été repoussées.

On continue à renforcer l’organisation défensive, avec ordre de ne pas dépasser la frontière.

Nos forces sont occupées essentiellement par des travaux d’aménagement des cantonnements, de renforcement des lignes défensives, et des exercices. Les ordres vont toujours dans le même sens : pas de provocation, pas d’aventure en territoire ennemi. Le 3ème Bataillon du 156 est toujours à Saulxures jusqu’au 12 Août.

 

En route !

 

Le 12 Août, à 6h du matin le Régiment est regroupé à 2km de la sortie Est de Cercueil (Cerville actuel) route de Réméréville. En route vers Réméréville, ordre de marche : 1er, 2ème, 3ème Bataillon. A 7 heures, le 156 est à destination, à la disposition du Général commandant le 20ème Corps (Foch). Les 2ème et 3ème Bataillons et le convoi sont placés à la sortie Ouest de Réméréville.

 

Le 13 : éviter toute provocation, repos.            LA SUITE>>>>

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